Le syndrome de l’imposteur chez les coaches parentales : et si ce doute était une bonne nouvelle ?
Tu t’es peut-être déjà dit ça…. Il est 23h, demain tu donnes une journée d’atelier pour parents et quand tu parcours les recherches de Bowlby ou de Dan Siegel, tu te dis : « Mais qui suis-je, moi, pour accompagner et transmettre tout ça aux familles ? »
Ou peut-être, le doute surgit quand tu imagines ta première cliente assise en face de toi. D’un seul coup, ton cerveau fait le rapide inventaire de tout ce que tu ne sais pas encore… même si tu sais déjà beaucoup!
On l’a tous vécu!
Et ce que j’ai découvert et que je veux que tu saches, c’est que cette voix ne dit rien sur ta compétence.
Elle dit quelque chose sur ton sérieux. Et je vais y revenir.
Cette voix a un nom: le syndrome de l'imposteur
En 1978, deux psychologues américaines, Pauline Clance et Suzanna Imes, ont mis des mots sur ce que des millions de personnes vivaient sans le nommer : la conviction persistante d’être moins compétent que ce que les autres imaginent, la peur d’être « démasqué », le sentiment que les succès sont liés à la chance plutôt qu’aux capacités réelles.
Ce sont elles qui sont à l’origine de la désormais célèbre appellation: syndrome de l’imposteur.
Ce n’est ni un trouble ni une pathologie, mais davantage un biais cognitif. Ce biais est fréquent puisqu’on le retrouve chez 70 % des individus à un moment de leur vie 😳 (Sakulku & Alexander, International Journal of Behavioral Science, 2011).
Autrement dit : si tu l’as ressenti, tu n’es vraiment pas la seule!
Pourquoi les professionnelles de l’accompagnement y sont particulièrement exposées
Ce qui est intéressant, c’est que le syndrome de l’imposteur ne touche pas au hasard.
Certains contextes le renforcent structurellement. Et le coaching parental en est un.
Cause 1: Plus tu te formes, plus tu mesures l’étendue de ce que tu ne sais pas encore.
Oui; tu as bien lu. En fait notre sentiment de compétence peut se présenter à l’inverse de nos compétences réelles ! 😅
En 1999, les chercheurs Dunning et Kruger ont pu observer que les personnes les moins compétentes dans un domaine ont tendance à surestimer leurs capacités (elles ne savent pas encore qu’elles ne savent pas).
Tandis que les personnes les plus compétentes, sous-estiment souvent les leurs… précisément parce qu’elles mesurent l’étendue de ce qu’il reste à apprendre.
Ainsi, quand tu te formes sérieusement, tu développes une conscience aiguë de la complexité du terrain.
Et cette conscience-là peut te mener à douter et hésiter alors qu’en réalité, c’est une vraie preuve de maturité professionnelle.
Cause 2: Quand on accompagne les autres, on a tendance à se montrer beaucoup moins indulgent avec soi-même.
C’est ce que la chercheuse Kristin Neff a découvert en menant ses, travaux sur l’autocompassion à partir des années 2010. Elle a montré que les personnes dans les métiers du « care » (soin) ont tendance à retourner contre elles-mêmes des exigences qu’elles n’imposeraient jamais à leurs clients.
En fait, elles savent accueillir les autres sans juger, mais elles sont sévères envers elles-mêmes et se jugent beaucoup.
Cause 3: Le coaching parental est un métier non réglementé.
Et je veux le dire clairement, parce que c’est une réalité : dans un métier sans diplôme d’État obligatoire, la légitimité ne tombe pas du ciel et pour certains c’est plus dur à assumer que pour d’autres.
Cela veut dire que la légitimité doit être construire de client en client, en partant de zéro.
Et dans les débuts, entre la formation et l’installation, le doute a tendance à s’installer.
Les coachs parentales sentent qu’elles doivent faire leur preuve, que les attentes et les jugements sont peut-être forts.
« Tu n’es pas arrivé si loin pour seulement arriver si loin »
Comment avancer sur son syndrome de l'imposteur? Ce que la psychologie positive dit pour travailler sur sa légitimité
Sincèrement, les approches du type « visualise ton succès et ça viendra », ce n’est pas trop mon truc.
Il existe des outils documentés, concrets que je vais partager avec toi et ils agissent sur des mécanismes réels.
⭐️ Le journal des preuves (Martin Seligman, modèle PERMA)
Le cerveau a naturellement un biais de négativité naturel : il retient et amplifie les moments d’échec, de doute, d’inconfort.
Il sous-pondère systématiquement les preuves de compétence.
Et la réponse à ça, ce n’est pas de « positiver ».
👉 C’est de corriger le biais en rendant les preuves visibles.
Concrètement, chaque semaine, note 3 moments où ton accompagnement a fait une différence. Pas forcément des transformations spectaculaires. Un parent qui repart avec un mot différent pour parler à son enfant. Une séance où tu as su rester dans l’inconfort sans fuir. Un retour inattendu, trois semaines après.
Le cerveau peut alors ancrer ce qu’on lui présente en preuve. Peu à peu il se sent compétent et légitime.
⭐️ Nommer la compétence, pas seulement le résultat (Carol Dweck, Growth Mindset, 2006)
Dweck a montré que les raisons que l’on attribue à nos succès change tout à notre rapport à la compétence.
Si tu te dis « cette séance s’est bien passée » (résultat), tu ne construis rien.
Si tu te dis « j’ai su accueillir la résistance de ce parent sans vouloir aller trop vite » (compétence), tu poses une brique réelle pour ta perception de valeur professionnelle.
👉 L’identité de coach se construit grâce au regard et au sens que tu donnes à ce que tu réussis.
⭐️ La posture professionnelle comme ancrage (Todd Herman, The Alter Ego Effect, 2019)
Herman a étudié des sportifs de haut niveau, des dirigeants, des artistes.
Ce qu’il a documenté, c’est que les meilleurs performers ne « s’expriment » pas spontanément.
Ils endossent une posture. Volontairement.
Concrètement, cela veut dire que certes, tu n’as peut-être pas encore accumulée l’expérience qui donne une confiance naturelle. Mais tu peux décider de la posture que tu vas incarner en séance. Non pas « faire semblant ».
👉 Incarner ton rôle avec sérieux, engagement, professionnalisme en te dédiant sincèrement à ta mission.
💁♀️ Encore quelques mots avant de conclure
Il y a quelque chose que la recherche confirme, et que je trouve profondément juste et beau.
Le syndrome de l’imposteur est significativement plus fréquent chez les personnes qui prennent leur rôle au sérieux.
Le doute que tu ressens est la preuve de l’engagement que tu as à vouloir bien faire.
C’est de l’humilité et de l’éthique professionnelle.
Combien de femmes avons-nous formé qui à un moment se sont trouvées prises par le doute sur leur légitimité, la perte de confiance en soi, le renoncement à accompagner les parents en difficulté ?
Derrière cette humilité si humaine se trouve parfois l’abandon d’un projet, d’un rêve.
Cet article leur est dédié! Je suis Charlotte Uvira et j’ai consacré les 13 dernières années de ma vie à transformer les trajectoires de femmes aux valeurs fortes en compétences avérées d’accompagnement.
Si tu te reconnais dans cet article et que tu réfléchis à te former sérieusement pour accompagner les familles, je t’invite à découvrir notre formation de coach parental. Les inscriptions pour la rentrée de septembre sont ouvertes.
Références scientifiques
Clance, P.R. & Imes, S.A. (1978). The impostor phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention. Psychotherapy: Theory, Research & Practice, 15(3), 241-247.
Sakulku, J. & Alexander, J. (2011). The impostor phenomenon. International Journal of Behavioral Science, 6(1), 75-97.
Kruger, J. & Dunning, D. (1999). Unskilled and unaware of it. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121-1134.
Neff, K.D. (2011). Self-Compassion: The Proven Power of Being Kind to Yourself. William Morrow.
Dweck, C.S. (2006). Mindset: The New Psychology of Success. Random House.
Herman, T. (2019). The Alter Ego Effect. HarperCollins.
Seligman, M.E.P. (2011). Flourish: A Visionary New Understanding of Happiness and Well-being. Free Press.
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