Débat Goldman / Gueguen : qu’est-ce qui est en jeu et qui a raison ?

 


éduquer son enfant: Goldman ou gueguen qui a raison ?

Une mère m’a récemment posé une question qui résume à elle seule le débat Goldman / Gueguen. Elle venait d’écouter Caroline Goldman parler de time-out, d’enfants sans limites et de parentalité positive. Une partie d’elle s’était sentie soulagée. Enfin quelqu’un reconnaissait que les parents sont parfois épuisés, démunis, envahis par les crises, les refus, les cris, les repas impossibles et les soirées en dents de scie.

Puis elle a ajouté : « Mais quand j’écoute Catherine Gueguen, je doute que plus d’autorité soit la solution. Apparemment, mon fils ne fait pas exprès, son cerveau est immature, et il a besoin de moi pour apprendre à se calmer. Alors, je fais quoi ? Je le comprends ou je le limite ? »

C’est exactement le piège de cette controverse, qui disons-le franchement, ne profite pas du tout aux parents !

On veut nous fait croire qu’il faudrait choisir entre comprendre et s’adapter à l’enfant (éducation positive) et poser un cadre et des limites (éducation traditionnelle). Quand ceci est-il devenu antinomique ? Poser le choix entre autorité et empathie, entre cadre et éducation positive, est un faux choix… car cela part d’une méconnaissance réelle de ce qu’est une éducation positive.

La question « faut-il poser des limites aux enfants ? » ne devrait pas être posée. Car la réponse est assez évidente. C’est oui !
Une vraie question pourrait être : Quelle forme les limites devraient-elles prendre ? Dans quelles conditions aident-elles l’enfant à développer des compétences, et dans quelles circonstances l’obligent-elles à s’écraser et se taire pour retrouver l’accès à l’adulte ?

 


 

Réponse courte : qui a raison entre Goldman et Gueguen ?

tdah faut-il mettre son enfant sous ritaline

Caroline Goldman a rencontré dans son cabinet une détresse parentale réelle : des parents fatigués, culpabilisés, saturés d’injonctions contradictoires, qui n’osent parfois plus dire non.

Cette confusion n’est pas sortie de nulle part.

Dans les années 2010, une partie du discours sur l’éducation positive a effectivement pu troubler les familles, notamment autour du mot « limite ».
Je m’en souviens d’autant mieux que j’ai suivi plusieurs formations animées par Isabelle Filliozat entre 2013 et 2017. Ce qu’elle nous disait a été repris avec justesse dans une interview donnée aux Supers Parents, qui était intitulée « NON ! Les interdits, frustrations et limites ne donnent pas un sentiment de sécurité à l’enfant ». Elle y expliquait que ce qui sécurise l’enfant n’est pas l’interdit, mais l’attachement, l’attention portée à ses besoins et le respect. Elle parlait bien de règles, de cadre et de réponses aux besoins, mais ce discours restait difficile à traduire concrètement pour beaucoup de parents.

Dans le même climat, un billet des Vendredis Intellos de 2012 cite une technique attribuée à Catherine Dumonteil-Kremer dans Jouons ensemble autrement : face à un enfant qui donne des coups de pied, crache ou mord, l’adulte répondrait par le « pistolet d’amour », en disant en substance : « tu m’as donné un coup d’amour, maintenant il faut que je t’embrasse ». L’autrice du billet précisait elle-même (en réponse à un commentaire) que c’était « déconcertant » et qu’il restait nécessaire de « réaffirmer l’interdiction de taper ».

Les discours de Filiozat et de Dumonteil-Kremer avaient une intention claire : sortir de la violence éducative.
Mais ils ont parfois laissé les parents avec un malaise (« ça ne devrait pas être si compliqué! ») et des questions très concrètes comme « comment faire pour ne pas briser mon enfant ? »

Goldman n’invente donc pas la confusion qu’elle critique.
Mais elle généralise comme si depuis 2013, rien d’autre n’avait été dit. Comme si d’autres auteur.e.s – dont je fais partie – n’avaient pas fait le tri dans les pratiques éducatives et clarifier les principes-clés, accessibles, simples, efficaces et scientifiquement fondés de l’éducation positive.

Goldman attribue alors la détresse parentale à la parentalité positive, qu’elle accuse de trop écouter l’enfant au détriment de l’autorité parentale et du cadre familial nécessaire. Or le problème n’est pas que les parents écoutent et comprennent trop leur enfant. Le problème est qu’ils ont reçu les principes et idées clés sans vrai mode d’emploi et en sentant le risque de nuire à leur enfant : ne pas mettre l’enfant en stress, car le stress est mauvais, ne pas crier, ne pas punir, accueillir l’émotion…

Mais que dit vraiment l’éducation positive  quand l’enfant tape, hurle, refuse ou réveille toute la maison ?  
C’est là que Catherine Gueguen intervient et a raison sur le fond : elle affirme que l’enfant a besoin d’un cadre. Et elle insiste sur le fait que ce cadre doit être posé en respect de son développement, de son immaturité émotionnelle et de ses besoins de sécurité relationnelle.

 


 

Le vrai raccourci : confondre éducation positive et permissivité

time-out et autorité, caroline goldman dit-elle la vérité

Ainsi, Le premier raccourci consiste à parler de parentalité positive comme si elle signifiait absence de cadre.

Pourtant, un parent permissif n’est pas un parent positif. Un parent qui n’ose jamais frustrer son enfant n’est pas dans l’éducation positive ; il est souvent dans l’évitement du conflit (et il est probablement déterminé par un style d’attachement anxieux).

L’éducation positive sérieuse ne dit pas : « Laisse ton enfant taper parce qu’il est en colère. » Elle dit : « Arrête le comportement. La violence n’est pas acceptable. Mais accueille l’émotion. De cette manière tu sécurises ton enfant et la relation ».

Un enfant a le droit d’être furieux → Il n’a pas le droit de taper.
Il a le droit d’être déçu → Il n’a pas le droit d’humilier.
Il a le droit de protester → Il n’a pas le droit de mettre les autres en danger.

C’est ici que la référence aux styles parentaux devient importante.

Dans la lignée de Diana Baumrind, le style parental démocratique, ou authoritative parenting, associe chaleur relationnelle et exigences claires. C’est le modèle le plus représentatif  d’une éducation positive structurée : ni autoritarisme, ni laxisme. Un adulte chaleureux, mais pas effacé. Un adulte ferme, mais pas humiliant.


 

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Le time-out : le raccourci le plus problématique

Le débat se cristallise autour du time-out, souvent compris comme le fait d’isoler l’enfant, dans sa chambre ou à l’écart, après un comportement jugé inacceptable.

Ici encore, il faut être précis.
Certaines recherches comportementales ont étudié des procédures de time-out brèves, préparées, encadrées, rares, et intégrées à des programmes globaux de soutien parental. Et elles fonctionnent… Le problème est qu’elles sont impossibles à appliquer dans la réalité des tensions éducatives.

La tribune publiée dans Le Monde le 23 mars 2023 par plus de 280 chercheurs et professionnels rappelle que le time-out étudié scientifiquement n’est pas une exclusion improvisée ou punitive. Le cadre d’utilisation précité doit être associé à du renforcement positif. Et la même tribune souligne donc que la méthode proposée et défendue par Caroline Goldman n’a bénéficié d’aucune étude scientifique spécifique.

C’est le point central : si Goldman a raison de dire que les parents ont besoin de savoir poser des limites, elle se trompe lorsqu’elle laisse entendre que l’isolement serait la réponse simple, centrale et scientifiquement évidente à cette détresse.


 

Débat Goldman Gueguen sur l’éducation positive, le time-out et les limites éducatives
Débat Goldman time out; un collectif prend la parole

Article publié dans le monde le 23 mars 2023

 

 

Goldman / Gueguen : citations en miroir et correction scientifique

débat goldman-guguen que dit la science

Pour sortir du duel médiatique, il faut regarder les phrases exactes, puis les confronter aux recherches.

Le tableau ci-dessous ne cherche à montrer comment le raisonnement de Caroline Goldman part d’un symptôme réel, puis prend un raccourci. Il montre en parallèle comment Catherine Gueguen ne défend en rien un enfant roi, mais une autorité relationnelle et développementale.

Tableau de clarification scientifique: Goldman vs Gueguen, la science confirme Gueguen

Propos de Caroline Goldman Propos de Catherine Gueguen Ce que disent les études
Caroline Goldman parle de parents « victimes de désinformation » sur la parentalité positive. (Le Monde, 15 février 2023) Catherine Gueguen rappelle que l’éducation non violente est parfois confondue avec une éducation laxiste, et ajoute: « C’est une idée fausse. » (Le Monde, 17 mars 2023) La correction scientifique passe par les styles parentaux. Baumrind a décrit le style démocratique, ou authoritative, qui combine chaleur et exigences. Pinquart (2017), dans une méta-analyse de 1435 études, montre que la chaleur parentale, le contrôle comportemental, le soutien à l’autonomie et le style démocratique sont associés à moins de troubles externalisés. Ce modèle correspond bien mieux à l’éducation positive structurée qu’à la permissivité.
Goldman lit certaines crises comme un appel : « Papa, maman, s’il vous plaît, arrêtez-moi. » (Le Monde, 15 février 2023) Gueguen répond que l’enfant « n’a pas encore appris à gérer ses émotions ». (Le Monde, 17 mars 2023) Rosanbalm et Murray (2017) décrivent la corégulation comme un processus dans lequel l’adulte soutient l’autorégulation future de l’enfant par une relation chaleureuse, un cadre structuré et un apprentissage explicite des compétences. L’enfant a donc bien besoin d’être arrêté, mais pas d’être interprété comme un adversaire.
Goldman affirme que la méthode du time-out est « idéale » pour intégrer les limites. (Le Monde, 15 février 2023) Gueguen conteste l’isolement : « Quand un enfant est en colère, on n’a pas à l’enfermer. » (Le Monde, 17 mars 2023) Gottman (1997) a identifié 4 styles parentaux face aux émotions de l’enfant, dont le style désapprobateur, qui cherche à faire taire, minimiser ou punir une émotion déplaisante exprimée. Ce style est associé à une moins bonne régulation chez l’enfant. À l’inverse, le style qui valide l’émotion tout en posant un cadre sur le comportement, est associé à une meilleure régulation et une meilleure adaptation sociale. L’isolement proposé par Goldman est davantage un style désapprobateur qu’une limite éducative.
Goldman écrit que lorsqu’un enfant devient pénible, « il doit sortir de la pièce ». (Le Monde, 15 février 2023) Gueguen pose la question: « L’enfermer dans sa chambre, qu’est-ce que ça va lui apprendre ? » (Le Monde, 17 mars 2023) L’American Academy of Pediatrics (2018) recommande une discipline qui enseigne les comportements attendus et protège l’enfant et son entourage. Elle souligne que les stratégies aversives, dont l’humiliation et les cris, sont peu efficaces à court terme et inefficaces à long terme. La limite doit donc enseigner, pas seulement exclure.

 

Ce que ce tableau change dans la lecture du débat

Ce tableau permet de voir plus clairement le point de bascule.

  • Goldman nomme la détresse parentale, mais en désigne mal la cause. Ce n’est pas l’éducation positive structurée qui désarme les parents. Ce sont plutôt sa mauvaise transmission, la solitude parentale, la fatigue, l’absence de soutien et la confusion entre limite et punition.
  • Gueguen, de son côté, ne dit pas qu’il faut céder à l’enfant. Elle rappelle que comprendre n’est pas excuser. Comprendre, c’est répondre au bon problème. Si l’enfant explore, on sécurise. S’il déborde, on corégule. S’il transgresse, on arrête. Mais dans tous les cas, on évite de réduire son comportement à une volonté de nuire.
ce que dit la science sur l'éducation positive

 

Poser une limite sans punir : à quoi cela ressemble ?

L'éducation positive est-le laxiste - le débat goldman gueguen

👉 Poser une limite sans punir, ce n’est pas parler doucement pendant 20 minutes alors que l’enfant détruit le salon. C’est intervenir clairement, parfois physiquement, mais sans transformer l’enfant en adversaire.

  • Si l’enfant tape, tu bloques le geste : « Je ne te laisse pas taper. »
  • Si l’enfant lance un objet, tu le retires : « Cet objet peut faire mal. Je le garde. »
  • Si l’enfant hurle parce qu’il ne veut pas partir, tu reconnais la frustration et tu maintiens l’action : « Tu voulais rester. Maintenant, on y va. Je vais t’aider. »

Dans toutes ces situations, l’adulte agit. Il ne s’agit pas de négocier pas avec un enfant débordé. L’adulte ne laisse pas non plus les autres subir. Mais il ne coupe pas le lien  ni ne menace la relation pour obtenir l’obéissance.

La différence est profonde. La punition cherche souvent à faire payer. La limite éducative cherche à enseigner.


 

Alors, qui a raison ?

Si la question est : « Les enfants ont-ils besoin de limites ? », Goldman a raison de répondre oui. et Gueguen le confirme.

Mais si la question est : « Comment un enfant apprend-il réellement à intégrer les limites, à réguler ses émotions et à vivre avec les autres ? », Gueguen a raison sur l’essentiel en proposant un adulte qui corégule.

La solution est donc de former les adultes à poser des limites plus justes, plus claires, plus solides, sans violence et sans abandon relationnel.

À l’École des Formations Positives, c’est cette voie que nous défendons depuis 2013 : une parentalité exigeante, informée, humaine, structurante et profondément respectueuse de l’enfant comme des parents. Le livre Parentalité Affirmée, Et si le Capitaine du Navire Familial c’était Vous de Charlotte Uvira l’a confirmé dès sa sortie en 2018.

 

Catherine gueguen son combat pour l'enfance heureuse

 


 

Pour aller plus loin

debat goldman-guegum, l'éducation positive manque-t-elle de limites éducatives ?

Si tu es parent, retiens ceci : tu as le droit d’être ferme. Tu as le droit de dire non. Tu as le droit de protéger ton espace familial. Et tu peux apprendre à le faire sans abîmer le lien.

Si tu es professionnelle ou future professionnelle de l’accompagnement parental, le débat Goldman / Gueguen est une occasion précieuse de clarifier ta posture. Les familles n’ont pas besoin de slogans. Elles ont besoin de personnes formées, capables d’expliquer simplement le développement de l’enfant, d’accompagner les parents sans les juger, et de transformer les tensions éducatives en compétences concrètes.

La formation Coach Parental en Éducation Positive de l’École des Formations Positives a été conçue pour cela : former des professionnelles capables d’accompagner les familles avec sérieux, éthique, pratique et humanité. Prochaine rentrée (au moment de l’écriture de cet article): septembre 2026, avec un groupe limité à 12 places.


 

source scientifiques goldman-guegun

 


 

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Sources nommées dans cet article

Cet article s’appuie notamment sur les entretiens de Caroline Goldman et Catherine Gueguen publiés dans Le Monde en février et mars 2023, sur la tribune publiée dans Le Monde le 23 mars 2023 par plus de 280 chercheurs et professionnels de l’enfance, sur les travaux de Baumrind concernant les styles parentaux, sur la méta-analyse de Pinquart de 2017 portant sur 1 435 études, sur la méta-analyse de John Gottmam, sur la déclaration de l’American Academy of Pediatrics de 2018, « Effective Discipline to Raise Healthy Children », sur les travaux de Rosanbalm et Murray concernant la corégulation, ainsi que sur la loi française du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires: « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. »