Il désobéit! Si on ne punit pas, on fait quoi ?
Le bon état d'esprit pour ne pas punir...
L'éducation positive vous laisse démunis devant les désobéissances de votre enfant ?
C’est un reproche que l’on fait souvent à l’éducation positive et je le comprends sincèrement. On dit aux parents qu’il ne faut pas punir. On leur explique pourquoi c’est inutile et inefficace (voir mon article sur les 6 effets des punitions)… mais on les laisse relativement démunis.
Devons-nous admettre que les tenants de l’éducation positive sont terrorisés à l’idée de verser in fine dans l’autoritarisme, l’adultisme et le patriarcat ?
Oui, j’en suis convaincue.
Quand en 2018, j’ai publié Parentalité Affirmée, c’était justement pour dire en substance « Même dans l’éducation positive, les enfants ont besoin d’adultes compétents capables de prendre des décisions, de poser un cadre, sans toujours solliciter leurs enfants… et voici comment ».
Tout cela pour dire qu’un article sur les palliatifs à la punition, sur des approches qui permettent de rappeler le cadre et le maintenir en cas de transgressions et désobéissance est absolument nécessaire. C’est ce que je te propose ici.
Pas de solution universelle. Quand un enfant désobéit, il faut apprécier son âge et son individualité
Rapidement, au fil de mes réflexions et recherches, j’ai réalisé qu’il état essentiel de se positionner par tranche d’âge.
- Car un enfant de moins de 7 ans qui transgresse, disons-le franchement, c’est l’innocence et l’inconscience de l’immaturité qui s’expriment… il n’y a rien d’autre que cela à comprendre.
- Et pour un enfant qui a entre 8 et 12 ans… la désobéissance, c’est une autre histoire. C’est un acte impulsif, mais avec une certaine forme de conscience. Inhiber ses impulsions est l’objet de l’éducation. Nous devons donc gérer cette transgression pour qu’elle nous mène à renforcer les compétences de réflexions et d’autodiscipline de l’enfant.
- Enfin, quand l’enfant a 13 ans, quand il fait, il sait. Rares sont les bêtises résultant de l’inconscience véritable. On lui a dit, on lui a expliqué, et pour des raisons associées à l’âge, à la motivation d’être reconnu de ses pairs, aux circuits de la récompenses très excités et en demande, il transgresse. Il fait à sa manière. Il explore sa liberté et les contours.
Alors, parler éducation et sanction, cela ne peut pas se faire de la même manière avec les enfants, selon leur âge et étape développemental.
Et dans ce contexte, nous devrons en plus apprécier des aspects individuels, tels que la personnalité de l’enfant...
Ainsi, même dans un seul groupe d’âge, les réponses données à un enfant ne seront pas les mêmes que pour un autre.
Règle d'or: Réguler ses émotions avant de dire ou faire quoi que ce soit
Faisons aussi un pas de côté pour parler Régulation des émotions.
Elle est cruciale. Sur le coup de l’émotion – du côté adulte ou du côté enfant – rien de bon ne peut être attendu.
Les émotions doivent être régulées de part et d’autre pour avancer.
Les émotions déplaisantes nous mènent vers un univers de réflexion rétrécit, qui priorise notre survie personnelle. Les émotions déplaisantes sont par nature égoïstes, et cherchent à nous défendre et à nous protéger. Dans cette étroite lorgnette, il devient difficile de comprendre l’autre, de l’entendre, de percevoir et d’accueillir sa réalité. On est focalisé sur soi.
Donc, chers parents, quoi que vous décidiez de faire après la lecture de cet article, ne le faites pas si vous sentez votre coeur rempli d’injustice, de colère, de rancoeur, d’exaspération. S’il en est ainsi appliquer l’une de ces 3 solutions -que je m’applique systématiquement à moi-même (essayez au moins).
👉 3 options pour se gérer quand on est dépassé par la tristesse, la colère ou la peur:
- Lire
- Marcher
- Boire de l’eau
C’est simple mais efficace. Et une combinaison des 3, voire un cycle continu des 3 jusqu’à ce que je me sente mieux est parfois pertinent, on bouclera le tout par des expirations profondes et connectées avec le réel. (Et là tu peux te dire que tu n’as pas le temps… mais que feras-tu de mieux en attendant… rien).
S'approprier le vrai sens des mots sans subjectivité : Cadre, punition, sanction, autorité
Alors, je voudrais me livrer sincèrement avec toi. Pour moi:
- Cadre :Un terme qui me plaît et qui fait sens pour moi. Il s’agit de poser les contours de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas, souvent en vertu des valeurs que nous nourrissons.
- Punition: Un terme connu qui -en synthèse – invite une relation dominant-dominé. Je pense avoir une compréhension juste de ce qu’il signifie (tu peux consulter sa définition complète ici).
- Sanction: Dans sa nature réelle, ce terme veut dire « marquer le coup ». Donc rien de détestable. Mais en moi, il créé des tensions (non justifiées) car je l’ai intériorisé différemment. Je sais que j’ai tort et dans cet article je vais l’employer comme il se doit, pour son sens réel: Marquer le coup / Acter
- Autorité: Pour moi un terme magnifique car il définit ce qu’est pour moi un adulte: une personne qui « se fait autorité »… et qui du coup attire l’autorité à elle (et ici ce que je dit est juste). Mais dans les formations que je délivre, certains de mes stagiaires le confondent avec autoritaritarisme… ce qu’il n’est pas.
Tu vois… Il y a des mots qui me mettent à l’aise et d’autres pas. Il y a des mots qui me font vibrer sur la bonne corde et d’autre où je déraille.
Néanmoins, si nous voulons poursuivre avec notre article, nous devons volontairement attribuer à chaque mot son véritable sens.
DEUX QUESTIONS CLÉ POUR TOI MAINTENANT
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Eirick Prairat, philosophe de l’éducation et référence incontournable sur la question de la sanction éducative, pose une distinction fondamentale que nous allons emprunter comme fil conducteur :
- la punition punit une personne.
- La sanction éducative marque et répond à un acte. Elle a 3 visées: Réaffirmer le cadre, imputer ses conséquences, signifier une limite, un stop.
Cette nuance n’est pas sémantique, elle est éducative dans ses effets. La sanction ne dit rien de la personne, n’est jamais humiliante ou destructrice. Elle pose que les principes de vie ensemble n’ont pas été respectés.
Les pays anglosaxons l’ont complétée en introduisant l’idée de justice restaurative qui propose de se libérer de la culpabilité et de mettre en oeuvre notre altruisme par des actions qui réparent les fautes commises. Et les résultats sont inspirants ! 😊
🤷♀️ Désobéir, à quoi ça sert ? → Les 3 fonctions des transgressions
C’est peut-être le changement de regard le plus important que cet article peut t’offrir.
Une transgression qui revient inlassablement: le même enfant, la même règle, le même comportement, n’est pas une preuve de mauvaise volonté. C’est un signal.
Et comme nous l’avons déjà un eu appréhendé, ce signal ne sera pas le même selon l’âge de l’enfant. Mais on peut dire que la désobéissance montre éventuellement 3 signaux:
- Le cadre n’est pas clair pour l’enfant: il l’ignore, la règle n’est pas formulée de façon qu’il puisse la comprendre et l’intégrer selon son développement.
- La compétence sous-jacente au respect de la règle n’est pas acquise: que ce soit ranger ses affaires, réaliser des consignes qu’il aura fallu mémoriser, gérer la frustration, résoudre un conflit sans agresser, ou savoir patienter, tout ceci est déterminé par le niveau de développement de l’enfant.
- La désobéissance a une utilité et/ou répond à un besoin : obtenir de l’attention, tester le lien, signaler une détresse que l’enfant ne sait pas encore mettre en mots.
QUESTIONS CLÉ FACE À TOUTE TRANSGRESSION RÉPÉTÉE
👉 Ta réponse doit viser la fonction, pas seulement le symptôme. |
La désobéissance des moins de 7 ans : Apprendre, comprendre, se développer = Le temps des règles incarnées
Ce que l'enfant peut (et ne peut pas) comprendre à cet âge
Jusqu’à environ 6-7 ans, l’enfant pense en concret, en immédiat et en sensoriel.
Il ne comprend pas encore les raisonnements abstraits sur les conséquences futures.
Sa morale est ce que Jean Piaget appelait « hétéronome » : la règle vient de l’extérieur, elle est perçue comme absolue parce qu’un adulte la pose, pas encore parce qu’il en a compris le sens social profond.
Cela ne signifie pas qu’il est incapable d’intégrer des règles. Cela signifie qu’il a besoin de les voir incarnées, répétées et cohérentes et surtout pas expliquées en discours.
La recherche clinique, notamment les travaux sur la PCIT (Parent-Child Interaction Therapy, développée par Sheila Eyberg), a montré qu’à cet âge, le plus grand prédicteur de l’intégration des règles est la qualité de la relation parent-enfant, pas la sévérité des conséquences.
Un enfant qui se sent en lien sécure avec l’adulte intègre les limites parce qu’il veut maintenir le lien, pas parce qu’il craint la punition.
👉 La relation nourrit la coopération.
Ce qui fonctionne avec les moins de 7 ans

🔄 Les routines comme cadre sécurisant: Pour les moins de 7 ans, la prévisibilité EST le cadre. Les routines (matin, repas, coucher) réduisent énormément les risques de transgression parce qu’elles diminuent l’imprévisibilité, grande source d’anxiété et de comportements difficiles chez le jeune enfant.
👁️ L’intervention immédiate et courte: Si l’enfant fait ce qu’il « ne doit pas faire », le rappel ou le « recadrage » bienveillant doivent être immédiat et très bref (dans les secondes ou minutes qui suivent). Un long discours explicatif à 4 ans est une perte de temps pour tout le monde. « Tu as lancé le jouet. Les jouets ne sont pas pour lancer. Montre-moi que tu peux le faire… Super , tu en es capable!. » C’est suffisant.
🪞 Le modèle: « Ce que je suis + ce que je fais = ce que j’enseigne » : À cet âge, l’apprentissage se fait par imitation. Si l’adulte gère ses propres frustrations en criant, l’enfant apprend à gérer les siennes en criant. L’adulte est le premier outil éducatif.
🔁 Face à la répétition des bêtises : la reformulation du cadre mais jamais l’escalade: Si la même règle est transgressée pour la troisième fois de la journée, l’escalade répressive ne fonctionnera pas, c’est inutile et risque d’aggraver la situation (car cela crée de l’insécurité). Revenir à la règle calmement, vérifier que l’enfant comprend ce qui est attendu (« dis-moi avec tes mots ce que tu peux faire »), et modifier l’environnement si nécessaire pour réduire les occasions de transgression, changer d’espace, introduire une activité, limiter l’accès aux plantes, aux prises, etc.).
❤️ Relation et encouragement bienveillant: Donner son attention au bon moment – et pas uniquement quand un problème se présente – valoriser les efforts, encourager à essayer encore est crucial pour ce groupe d’âge et participe à limiter les bêtises. L’enfant est en recherche active d’amour et de lien, et ce qui nourrit sa coopération.
→ En pratique : Théo, 5 ans, frappe systématiquement sa petite sœur quand elle prend ses affaires. Chaque fois, l’adulte intervient : « Les mains ne sont pas pour frapper. Tu peux dire : ‘C’est à moi, je veux le garder’. » Et il aide Théo à formuler. Il ne cherche pas à comprendre l’intention de Théo pendant la crise, il donne l’outil qui manque (les mots) et réaffirme la règle.
Les références
📎 Eyberg S.M. & Calzada E.J. (1998). Parent-Child Interaction Therapy: Procedure Manual. University of Florida. / Nixon R.D. et al. (2003). Parent-child interaction therapy. Behavior Therapy, 34(2), 199–220.
De 7 à 12-13 ans: Le temps de la responsabilisation
Ce qui change à cet âge
Entre 7 et 12 ans, quelque chose de fondamental se produit dans le développement moral : l’enfant commence à comprendre les règles non plus seulement comme des injonctions extérieures, mais comme des accords sociaux qui ont un sens.
Il peut raisonner causalement, c’est à dire comprendre que ses actes ont des effets sur les autres. Il peut ressentir de la culpabilité authentique (pas seulement de la peur d’être pris). Il commence à développer une boussole morale interne.
C’est aussi l’âge où la relation aux pairs prend de l’importance et où le regard du groupe commence à compter. Les transgressions répétées à cet âge ont souvent une dimension de test : l’enfant vérifie si l’adulte tient vraiment sa parole, si le cadre est solide ou perméable, si lui (l’enfant) peut compter sur la cohérence de l’adulte.
| « Un enfant a besoin que tu sois prêt à le contrarier. Ce besoin d’être contrarié, et de voir l’adulte tenir malgré tout, est au cœur de la confiance. »
— Haim Ginott, Entre parent et enfant (1965) |
Ce qui fonctionne
📋 Le contrat éducatif co-construit: À cet âge, impliquer l’enfant dans l’élaboration des règles et des conséquences augmente considérablement l’adhésion. Pas un contrat imposé, mais un contrat discuté à froid, hors du moment de crise, où l’enfant a voix au chapitre. « Quand tu fais X, voilà ce qui se passe. » Cette co-construction active son cortex préfrontal et lui donne le sentiment d’avoir du pouvoir sur sa situation tout en réduisant mécaniquement la transgression comme outil de contrôle. Une manière plus efficace et plus douce peut être aussi de pratiquer des questions ouvertes qui vont mener l’enfant à raisonner, à appréhender avec la guidante de l’adulte, ce qu est possible, ce qui ne l’est pas, et les implications.
🔗 La conséquence logique … et seulement logique: À 7-12 ans, la conséquence doit être directement liée à l’acte et explicable rationnellement. Tu as laissé ton vélo dehors → le vélo ne peut plus sortir du garage sans mon accord explicite. Tu as insulté ton frère → tu trouves un moyen de réparer le tort que tu as commis. La conséquence est prévisible, proportionnée et expliquée. Elle n’est jamais humiliante ni arbitraire.
🕰️ La réponse différée, quand on cesse de réagir à chaud: Face à une transgression grave ou répétée, réagir immédiatement et à chaud est souvent contre-productif à cet âge. L’adulte peut dire : « Ce qui vient de se passer est important. Je dois y réfléchir et je reviendrai vers toi ce soir. » Ce temps différé fait partie de la sanction car il montre que l’adulte est sérieux, et non impulsif. La recherche montre qu’une réponse différée réduit les escalades de violence et améliore l’écoute.
🔧 La résolution collaborative de problèmes (CPS): Pour les transgressions répétées, celles qui reviennent semaine après semaine, la question n’est plus comment répondre mais pourquoi ça revient. La CPS de Ross Greene propose de s’asseoir avec l’enfant à un moment calme et de travailler ensemble sur le problème sous-jacent. Pas de discours moralisateur mais une vraie conversation : « Je remarque que X arrive souvent. Qu’est-ce qui se passe pour toi dans ces moments-là ? ». Cela fait partie du programme de la formation en Gestion Positive des Conflits de l’Ecole.
⚖️ La justice restaurative pour les conflits interpersonnels: Quand la transgression concerne un autre (une agression, un vol, une humiliation), la justice restaurative (approche inspirée des travaux de Howard Zehr) propose de mettre en présence les deux parties pour que l’auteur comprenne l’impact de son acte et que la victime se sente restaurée dans sa dignité. Cela fonctionne dès 8-9 ans si l’adulte anime le processus avec équilibre (attention, ceci est crucial!).
En cas de transgressions répétées: un protocole en 3 temps
Quand un comportement revient pour la troisième, cinquième, dixième fois malgré les réponses précédentes, Prairat recommande ce que nous pouvons adapter en protocole familial :
- Nommer l’acte, pas l’enfant : « Tu as encore frappé ton frère », et non « tu es violent ». La sanction porte sur l’acte.
- Relier la conséquence à l’acte de façon audible : expliquer brièvement le lien logique, sans en faire trop.
- Ouvrir une conversation après : une fois le calme revenu, explorer ensemble ce qui se passe. Si le comportement persiste malgré tout, il faut se demander si on vise la bonne cause.
→ En pratique : Camille, 10 ans, ment systématiquement sur ses devoirs. À froid, un soir : « Je vois que les devoirs posent problème depuis plusieurs semaines. Je ne suis pas là pour te punir mais je veux comprendre ce qui bloque. Qu’est-ce qui se passe ? » La conversation révèle peut-être une peur de décevoir, un sentiment d’être dépassée, pas forcément de la paresse ni une intention de dissimuler. La réponse de l’adulte peut alors changer complètement.
Les références
📎 Greene R.W. (2014). The Explosive Child (5th ed.). HarperCollins. / Zehr H. (2002). The Little Book of Restorative Justice. Good Books. / Kazdin A.E. (2018). The Kazdin Method for Parenting the Defiant Child. HMH Books.
Après 13 ans - Le temps de la négociation et du sens
Ce que l'adolescence change (vraiment)
À l’adolescence, tester les règles n’est pas un problème de discipline, c’est un processus développemental.
David Elkind, psychologue du développement américain, et plus récemment Laurence Steinberg (chercheur à Temple University, spécialiste du cerveau adolescent) ont documenté ceci : l’adolescent a un besoin neurologique et psychologique d’individualisation, d’autonomie et de prise de risque. La transgression est l’un des vecteurs de ce processus.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de cadre. Cela signifie que le cadre doit changer de nature.
Avec un adolescent, les règles imposées unilatéralement génèrent de l’opposition, c’est automatique. Les règles négociées et comprises génèrent (parfois lentement) de l’adhésion intérieure.
| « L’adolescence n’est pas une maladie dont il faut guérir. C’est une traversée qu’il faut accompagner, avec des rails assez solides pour qu’il puisse s’y appuyer, et assez souples pour qu’il puisse les tester sans se blesser. »
— Laurence Steinberg, Age of Opportunity (2014) |
La question éducative devient alors : comment tenir le cadre sans en faire un lieu de combat permanent ?
Ce qui fonctionne

🎙️ Le dialogue sur les valeurs, pas sur les comportements: Avec un adolescent qui transgresse de façon répétée, continuer à parler des comportements (« tu as encore fait X ») ferme la conversation. Parler des valeurs sous-jacentes l’ouvre. « Quand tu rates le couvre-feu, qu’est-ce que tu penses que ça me dit du niveau de confiance que j’ai en toi ? » Cette question invite à la réflexion, là où l’adolescent en est.
🛑 La sanction éducative ferme et expliquée, avec le « pourquoi »: La sanction reste nécessaire: Prairat le rappelle mais elle doit absolument être expliquée à l’adolescent, pas seulement appliquée. « Je te retire le téléphone ce week-end non parce qu’on avait un accord et qu’il n’a pas été respecté. » La sanction sans explication est vécue comme une humiliation. Avec explication, elle peut être intégrée comme une réponse juste et surtout implique de montrer à l’adolescent qu’il a du pouvoir pour que cela ne lui arrive pas.
👥 Impliquer un tiers quand le lien parent-adolescent est bloqué: Quand les transgressions répétées ont créé un climat d’hostilité durable entre parent et adolescent, le lien lui-même devient un enjeu. Dans ce cas, introduire un tiers, un autre adulte de confiance, un professionnel, un coach parental, peut débloquer ce qui semble figé. Le tiers n’est pas là pour prendre parti : il est là pour que quelque chose puisse à nouveau circuler.
💁♀️ Le paradoxe de l'adolescence : tenir ferme sans tenir la laisse
Le défi éducatif avec un adolescent qui transgresse est peut-être le plus délicat qui soit : trop serrer génère de la rébellion frontale, trop lâcher génère de l’angoisse et de la prise de risque escaladante.
La recherche sur le style parental dit quelque chose de clair depuis Diana Baumrind : le style autoritatif (chaleur + structure) produit les meilleurs résultats à long terme à l’adolescence, bien au-delà des styles autoritaire ou permissif.
L’autoritatif n’est pas l’autoritaire.
C’est l’adulte qui dit : « Je t’aime et je tiens à toi. C’est précisément pour ça que je ne resterai pas silencieux face à ce comportement. »
Ce mélange d’amour et de limite est le seul endroit depuis lequel on peut réellement tenir le cadre avec un adolescent.
| CE QUE LA RECHERCHE DIT SUR LA RÉPÉTITION À L’ADOLESCENCE
Si un comportement problématique se répète malgré un cadre clair, des conséquences cohérentes et un lien maintenu, il faut envisager que quelque chose de plus profond est à l’œuvre : une souffrance non dite, un besoin non comblé, parfois un trouble développemental. La répétition au-delà d’un certain seuil est une demande d’aide, pas un défi à l’autorité. |
Les références
📎 Steinberg L. (2014). Age of Opportunity: Lessons from the New Science of Adolescence. Houghton Mifflin Harcourt. / Elkind D. (1967). Egocentrism in adolescence. Child Development, 38(4), 1025–1034.
📎 Linehan M.M. (1993). Cognitive-Behavioral Treatment of Borderline Personality Disorder. Guilford Press. [DBT adaptée pour adolescents : Rathus J.H. & Miller A.L. (2014). DBT Skills Manual for Adolescents. Guilford Press.] / Prairat E. (2021). La sanction en éducation. PUF. / Steinberg L. (2014). Age of Opportunity. HMH.
📎 Baumrind D. (2013). Authoritative parenting revisited: History and current status. In R.E. Larzelere et al. (Eds.), Authoritative Parenting. APA.
Certains principes qui traversent tous les âges: poser le cadre
👉 Au-delà des outils par tranche d’âge, il y a une architecture commune à tout cadre éducatif qui fonctionne face aux transgressions répétées. Ces principes-là sont non négociables et validés par la recherche.
1. La cohérence absolue vaut mieux que la sévérité

2. La règle doit avoir un sens

Ce n’est pas vrai pour les moins de 4 ans, mais dès 7 ans, l’enfant doit pouvoir comprendre pourquoi la règle existe. Pas nécessairement l’approuver, mais la comprendre. « Dans cette maison on ne frappe pas parce que les corps ne sont pas faits pour ça. » Un enfant de 7 ans peut entendre ça.
3. L'adulte sort de la relation de pouvoir

L’objectif n’est pas de plier l’enfant, c’est de lui montrer que le cadre tient, que l’adulte est fiable. Tenir sans gagner, sans humilier, sans escalader. C’est peut-être la posture la plus exigeante qui soit et la plus nécessaire.
| « Comprendre n’est pas absoudre. On peut comprendre parfaitement pourquoi un enfant a fait quelque chose et néanmoins lui signifier avec calme et fermeté que ce n’était pas acceptable. »
— Eirick Prairat |
4. Après la sanction, le lien toujours

5. Répéter n'est pas échouer

Conclusion: Nous avons mieux que les punitions pour éduquer nos enfants !
Avec cet article j’ai voulu répondre à ces questions que je me suis posée en tant que mère (et que je me pose encore) de manière approfondie. Il me semblait évident que les transgressions d’un enfant de 3 ans, n’étaient pas les mêmes que celles d’un enfant de 9 ans ou de 15 ans, mais j’avais besoin de prendre le temps de l’expliquer de manière plus juste pour permettre à chacun.e de mieux le comprendre et d’être mieux guider. Cet article peut fournir du soutien à tous les parents mais aussi aux professionnels que nous formons.












