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Et si on arrêtait la fête des mères?



Ouf, la fête des mères est passée.

Oui… ouf.


Chaque année la pression monte.

Première alerte, la fête des mères internationale (allez savoir pourquoi, nous sommes quelques pays à ne pas suivre le même calendrier que les autres).

Puis, il y a les magasins, les magazines, les affiches des fleuristes, la radio…

Quand la fête des mères arrive, je ne suis jamais à la fête.


Dans ce témoignage, je ne rentrerai pas dans le sujet de la mercantilisation de nos émotions. Tout se vend, n’est-ce pas ? Je voudrais plutôt vous raconter ce qui se passe dans certains petits cœurs.


Quand j’étais petite, les alertes de l’imminence de la Fête des mères venaient de ma propre mère. « Tu as pensé à la Fête des mères ? J’espère que vous savez que c’est bientôt la fête des mères. Vous devez penser à me préparer mon cadeau de la fête des mères, etc. ».


Mon envie de célébrer ma mère n’était pas questionnée.

C’était une obligation.


J’étais prise dans un malaise colossal entre le devoir à accomplir et ce désir de réussir - enfin - à la séduire. Réussir à lui montrer que j’étais une personne intéressante, capable, bonne et aimable.

La fête des mères pouvait-elle acheter l’amour des mamans ?

Chaque année, je tentais le coup.


Au fond, je n’ai jamais fait de cadeau de fêtes de mères pour exprimer une once de gratitude.

Je me suis toujours pliée à cette tâche pour 4 raisons :

  • La pression, les injonctions à le faire. Un enfant DOIT faire un cadeau à sa mère pour la fête des mères.

  • La peur. Qu’allait-il se passer de dramatique pour moi si je ne le faisais pas ? Ceux qui ont eu des parents menaçants physiquement ou psychiquement sauront de quoi je parle.

  • L’espoir de la séduire et d’en être aimée.

  • La conformité ou l’envie d’être une enfant comme les autres.

Mais, voici comment cela se déroulait.


Je cherchais le meilleur des cadeaux. Bien souvent, j’y laissais toutes mes économies. J’achetais un cadeau, puis j’avais peur que ce ne soit pas assez. Alors, j’ajoutais des fleurs. Mais, je craignais encore que cela ne soit pas assez. Alors, j’ajoutais des dessins, des cartes et des poèmes.


J’offrais mes cadeaux, très excitée à l’idée de recevoir un regard, de l’amour, un câlin, un mot gentil. Peut-être y aurait-il un lien entre le nombre de cadeaux et le nombre de phrases aimables ?


Ma mère se montrait très flattée.

Puis, la journée s’écoulait et, se passait un moment où les choses ne se déroulaient plus comme elle l’avait prévu. Alors, elle me disait que je n’étais capable d’être gentille que quelques minutes, le temps de donner mes cadeaux et « ça y est la fête des mères est terminée, alors tu recommences. Tu étais juste intéressée ».

Je n’ai jamais su ce que je recommençais exactement.

J’ai longtemps cru que j’étais une mauvaise personne qui faisait du mal après avoir offert ses cadeaux. Aujourd’hui que je suis une adulte, je perçois que mes bêtises étaient vraiment rares et que je cherchais désespérément du lien, ne serait-ce qu'un tout petit lien, avec elle.


Dans les jours qui suivaient mon cadeau, mes démonstrations d’amour matérielles et tangibles étaient utilisées comme faire valoir. En filigrane de ses conversations, j’entendais « Regardez ce que j’ai reçu de Charlotte. N’est-ce pas la preuve que je suis une bonne mère ? ».


Mais, ma solitude était toujours aussi grande.

Je n’avais pas obtenu l’amour attendu.

Sa voix et son regard restaient tournés vers les autres, mais jamais sur moi.


Alors, en grandissant, j’ai ressenti que ce manège de la Fête des mères était un mensonge, une arnaque sur mes véritables émotions, et jamais je n’ai trouvé comment m’en dépêtrer totalement.


Aujourd’hui encore, la fête des mères est un traumatisme qui résonne avec l’obligation de l’amour filial, avec la solitude de mon petit cœur d’enfant, avec la violence des mots et de l’indifférence des adultes, avec la pression sociale et la culpabilité, si je ne m’y plie pas.


Je stresse un maximum les jours qui la précèdent. Je pourrais m’en rendre malade si je n’avais pas quelques outils et beaucoup de soutien de la part de mon partenaire. J’ignore encore complètement comment me dépêtrer de mon problème sans créer un cataclysme familial: « Vous vous rendez compte, Elle ne m’a même pas appelée !!! ». Fille indigne que je serais !


J’avais généralisé qu’aucun enfant ne pouvait avoir envie de fêter sa mère. J’ai compris peu à peu qu’il y a de bonnes mamans que les enfants désirent célébrer. Je n’ai cependant pas encore résolu le problème avec mes enfants, car je refuse de les forcer, de les obliger, de leur réclamer des preuves matérielles d’amour, cependant ils subissent la pression sociale: "Qu'est-ce que tu as offert à ta maman?? La fête des mères c'est important!!!".


Il arrive encore parfois que des personnes me disent combien il est important et souhaitable que je fête ma mère « Quand même ! Elle t’a donné la vie ». A ceux-là, je voudrais dire que nous n'avons pas tous eu la chance d'être aimé et que cette injonction sociale a quelque chose de très malsain et toxique.


Pour les enfants en souffrance dans leur famille, il s’agit de remercier et flatter le bourreau de leur cœur, de leur âme et de leur corps, dans un rituel institutionnalisé.

Il s’agit d’imposer le silence et de légitimer le droit à faire souffrir, manipuler, violenter sous prétexte que l’on est mère ou père.

Il s’agit d’obliger au pardon et à l’oubli.


Pour l’enfant, la souffrance se vit en double:

  • Souffrance de l’expérience du quotidien.

  • Souffrance de ne pas avoir le droit de souffrir, de ne pas avoir le droit de le dire.

C'est pourquoi à chaque parent qui lit ces lignes, je propose de libérer son enfant de ce devoir et de le laisser être à l’écoute de son cœur.

Aux enseignants qui me lisent, je propose de cesser de se mêler de l’amour familial et de ne plus encourager les injonctions d’amour filial.

Faites autant de petits bricolages que vous le souhaitez, mais ne franchissez plus la limite de déterminer à qui ce bricolage sera adressé ou d’obliger l’enfant à écrire et apprendre par cœur un poème qui fait l’honneur d’une mère ou d’un père dont ils ne connaissent pas les agissements.