Comment fixer des limites?



Les limites sont un sujet qui ne s’épuise jamais. Les parents voudraient fixer des limites aux comportements de leurs enfants. Isabelle Filliozat rappelle que les limites sont faites pour être dépassées. Alors on essaie de faire comme on sait si bien faire, on tente de changer les mots par d'autres mots. Hum... est-ce qu'on ne pourrait pas dire "cadre" ou "règles" ?

J’ai envie de vous emmener cogiter avec moi sur une autre façon de voir les limites...

Car selon moi, le problème n’est pas tant le mot et sa signification mais la tentative de contrôle qui s'exerce de « moi » sur « toi », et qui évidemment, réveille réticences et résistances.

Du coup, passons à une question beaucoup intéressante, pertinente et constructive...

Quelles sont mes limites ?

  • Que puis-je endurer sans effort ?

  • Que ne puis-je pas supporter ?

  • Où se trouve en moi, cette zone où le stress devient top intense, difficile à contrôler, la patience fragile, la colère ou l’abattement prêts à prendre tout l’espace ?

  • Quelle en est la source ?

Finalement comment puis-je demander à mon enfant de respecter une limite que je n'ai moi-même pas bien cernée?

Ces dernières années m’ont donné l’opportunité, la chance même, de mener un formidable travail personnel. Et un jour une difficulté s’est présentée là où je ne l’attendais pas. Cette difficulté m’a menée de découverte en compréhension. Dans la douleur et une certaine confusion, elle m’a apporté de la clarté sur la personne que j’étais et sur mes limites, justement. Sur ce que « moi » je peux supporter, et sur ce que « moi » je n'arrive pas à supporter.

Sur cette base, j’ai pu raisonner comme on le ferait pour un handicap.

Pourquoi comme pour un handicap ? Parce que le handicap requiert que l’environnement et l'entourage s'adaptent, et que l’on ne devrait pas attendre d'être reconnu offciellement avec x% de handicap pour prétendre à une once d’adaptation.

Personne parmi nous n’est parfait. Nous avons nos forces. Nous avons nos faiblesses.

Nos faiblesses sont ces petits handicaps qui n’en portent pas le nom, mais qui requièrent des adaptations… si possible.

Soyons plus concrets. Typiquement, une de mes grandes faiblesses est mon intolérance au bruit. J’ai de l’hyperacousie. J’entends plus fort que les autres. Ce que vous entendez tout bas, je l’entends normalement. Et ce que vous entendez comme un claquement, m’explose littéralement le cerveau. Chez moi, le bruit est une limite physique. Et cette limite devient un handicap si le monde est indifférent à cette limite. Mais si l'environnement et mon entourage prennent en compte cet aspect de ma personne, qu'ils s'y adapatent, je ne vis plus (ou moins) de souffrance.


Nos limites nous concernent, NOUS!!

C'est pourquoi j'aimerais faire évoluer votre idée des limites vers quelque chose qui vous concerne premièrement: parce que vous êtes qui vous êtes dans toute sa beauté, dans toute sa fragilité, dans toute son unicité. Il n’y a personne d’autre que vous comme vous et vous avez des limites comme personne ! Et grâce à la conscience de la personne que vous êtes et de ses limites, vous allez vous trouver en mesure de les communiquer.

Tout peut-être source de limite. Il n'y a pas de fin aux types de limites qui nous assaillent. Il y a des limites physiques (bruits, sensations, motricité, etc). Il y a des limites physiologiques (carence de sommeil, faim, soif...). Il y a des limites sociales (taille du groupe, distance sociale, type de témoignage d'affection...). Il y a des limites psychologiques (certains comportements nous sont insupportables: un enfant qui geint, une personne qui nous rabaisse...)

Une maman peut avoir le désir d’être proche de son enfant pour accompagner ses émotions, mais peut se sentir terriblement nerveuse s’il se met à geindre. Elle deviendra incapable de l'accueillir comme elle le voudrait. Un papa bienveillant pourra devenir incompétent s’il n’a pas assez dormi.

Et là où nous avons nos faiblesses, d'autres bien sûr on une forme de résistance qui nous fait envie, nous épate, suscite notre admiration.

Mais les limites racontent qui nous sommes. Et même si nous désirons travailler sur nos limites (car nos limites nous limitent), nous devons premièrement les faire nôtres, les accepter comme faisant partie de notre réalité... car de toute façon, nous ne pouvons pas travailler sur ce qui n'existe pas ni sur ce qui n'est pas accepté.

A l'heure de "fixer des limites" à nos enfants,

la question devrait dont être:

Quelles sont MES limites ?

Tant que vous ne connaîtrez pas vos propres limites, vous serez bien en peine d’obtenir que les autres les respectent. Votre communication sera biaisée par une dynamique émotionnelle mal maîtrisée. Quand on exprime ses limites au moment où elles sont atteintes, elles ne deviennent que défense, agression, repli, accusations. C'est trop tard...


Connais-toi toi-même

Nous devons donc faire l'effort de mieux nous connaître, pour nous communiquer aux autres.

Nous avons ce devoir de devenir conscients de nos limites pour expliquer à nos enfants (par exemple) – dans le calme et sur un mode relationnel – qui nous sommes et pour quelle raison nous avons une demande à formuler: une demande d'adaptation.

Formule tes demandes

au lieu de fixer des limites

Car il ne s'agit plus de fixer des limites, il s'agit de demander à ce que les autres et l'environnement soient adaptés à nos limites personnelles, dans une certaine mesure.

En ce qui me concerne, j’ai pu expliquer à mes enfants que je ne supporte pas bien le bruit. J'ai pu leur raconter comment ce petit défaut de construction me mettait bien en peine, mais que je n'avais d'autre choix que de vivre avec. J'ai pu rendre compte des embêtements que me causent les claquements de couverts, d'assiettes, de portes - ces agressions qui me prennent pas surprise et envahissent mes oreilles brutalement. J'ai pu expliquer que je ne suis pas capable d'écouter une conversation si une autre persone parle, même si ce n'est pas à moi qu'elle parle... car sa voix prend trop de place dans ma tête. Et mes enfants ont pu comprendre.

Bien entendu, ils restent des enfants, mais ils ont compris qu'il était possible de me mettre en meilleure disposition de répondre à leurs demandes et à leurs besoins avec un peu d'aménagement, un peu d'adaptation, bref un petit effort.

Je pense qu’il est normal que chaque membre de la famille puisse s’attendre à ce que certaines adaptations soient envisageables dans son milieu de vie pour le prendre pleinement en compte. Vivant ma limite comme un handicap, j’ai demandé à ce que notre environnement se soucie de cet aspect de ma personne. Et bien entendu, je suis heureuse que les autres m'informent de leurs petites faiblesses et limites pour que je puisse les prendre en compte.

...et prends soin de toi

Mais nous avons un autre devoir: celui de prendre soin de nous et de prendre en compte (nous aussi) nos limites. Ne pas tirer sur la corde. Ne pas aller au-delà de ce que nous savons être une pente raide pour nous. Avoir conscience que cela ne servira personne et qu'au contraire, cela nous désservira autant que les êtres qui nous entourent qui pourtant - au départ - n'y sont pour rien.

Conscients de ses limites il est plus facile de prendre soin de soi. On peut alors fonctionner avec des règles et des automatismes entièrement dédiés à notre bien-être:

  • "Cela fait 3 heures que je fais le ménage. Je sais que je risque de me trouver à court d'énergie. Je m'arrête".

  • "Cela fait déjà 30 minutes que les enfants piaillent bruyamment dans la maison. C'est bien, mais je sais que bientôt ce sera trop pour moi. Je prends les devants et leur propose ou leur aménage un temps d'activités plus calme ou à l'extérieur de la maison".

  • "Je n'ai pas assez dormi la nuit passée. Il est impératif que je profite de la sieste de la petite pour me reposer".

Et ceci est une double opportunité. car les autres auront toujours plus de facilité à respecter vos limites s'ils observent que vous-mêmes, vous les respecter.

En conclusion

Ainsi fixer des limites doit commencer par nous connaître nous-mêmes.

Et comme les limites parlent de nous, c'est bien de nous dont nous allons parler quand il sera question de limites.

Nous ne devons pas fixer les limites mais les demander sur la base de la connaissance que nous avons acquise de nous-mêmes.

Et nous devons prendre soin de nous traiter avec bienveillance en prenant nous-mêmes en compte nos limites!

À vous de jouer maintenant ! 😊



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